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22.06.2008
La boule de beauté
(1)
Inébranlable boule de beauté, je ne peux te contourner sans être happé, subjugué tel Ulysse par ton chant sans sens. Et là, point de marins pour me retenir, point de corde ni de mât.
Tu es une bâtisse étrange. Une œuvre d’un architecte tordu, personne ne sait ce que tu contiens, mais personne ne peut éviter ce que tu dégages. Tu rayonnes, et ta lumière aveuglante est un leurre pour le passant, qui ne peut discerner tes formes et qui s’en va errant, frappé de cécité, trébuchant, trouver son dernier refuge. J’ai choisi de fermer les yeux, mais mes oreilles t’écoutent divaguer, et mes sens te ressentent exister. Je te sens, inébranlable boule de beauté. Tu me supplies, tu es à terre, et tu pleures de chaudes larmes de sang. Dieu que tu veux être transpercée !
(2)
Tu es la sorcière mal-aimée, tu es la proie de toi-même, tu es l’ombre de la proie de toi-même, tu es l’ombre du museau de la proie de toi-même. Te plais-tu à vouloir être la terreur de l’Ouest ? Penses-tu réellement que tu n’es pas faite de chair et de sang ? Penses-tu réellement que tu n’es pas qu’une bête humaine comme les milliards d’autres, errant sur terre à la recherche des plaisirs de la chair ? Tu es l’ombre du museau de la proie de toi-même, inébranlable femme.
Tu es un objet. Ne penses-tu pas que cela est une évidence ? Tu es l’instrument de ta vie. Tu es un minuscule bateau de bois sans rames ni voile appartenant à un pêcheur au nom oublié par sa propre mère, et tu combats les vagues du Pacifique. « Je possède le Pacifique. L’océan c’est moi. J’aime à penser que cette vague est ma préférée. J’aime à penser que cette autre est mon amie. » Ta coque ne peut que faillir. Ne sens-tu pas que tes poumons sont déjà pleins d’eau salée ? Tu empestes la mer, tu pues l’anchois, tu es déjà sous l’eau, et tu te noies.
Tu es l’ombre du museau de la proie de toi-même. Et qu’est-ce qu’une ombre si ce n’est une absence de lumière ? Une ombre, ce n’est rien, inébranlable femme.
(3)
Merveilleux corps céleste, que fais-tu ? Que fais-tu ici ? Pourquoi es-tu là, tel l’albatros de Baudelaire, te débattant en vain sur les planches d’un vieux bateau ? Pourquoi es-tu là ? Météorite fumant, autrefois exauçant les vœux et parsemant de flammes ton chemin radieux, tu n’es maintenant qu’un vulgaire caillou écrasé, troué de toutes part, semant la destruction et dégageant les flammes de l’enfer.
Merveilleux corps céleste, tu serais tellement beau dans le ciel, au plus profond de l’espace.
Tu serais si belle là où tu devrais être. Tu le sais.
23:28 Publié dans Cuorem | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
A te lire je ne puis que sortir de ma paisible et mélancolique retraite de toutes les passions frénétiques qui agitent les coeurs affamés.
Ami précieux, Crois-tu que tous les êtres peuvent suivre ce chemin ?...
Des étoiles en flammes
Ecrit par : fatalis | 12.07.2008
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