« La boule de beauté | Page d'accueil | Injection intraveineuse d'accusateur (Le cactus) »
23.06.2008
Les courbes pointées (Simple man)
J’ai cette chanson de Lynyrd Skynyrd qui me trotte dans la tête depuis des jours. Peut-être parce que je suis au milieu de tout et en même temps loin de tout. Peut-être parce que je n’arrête jamais de réfléchir, et peut-être parce que je devrais.
Dans ma tête elle résonne. Elle est simple comme son nom, ce qui lui donne une beauté qui me touche. Ses mots me parlent. A l’écouter dans la rue, dans la foule amassée, entassée dans les transports en commun, à l’écouter la tête pleine de tout ce qui peut exister, les pensées confuses, entremêlées dans un mikado géant de choix et de désillusions, je me surprends à rêver à une vie meilleure. Encore mieux, je me surprends à rêver à une vie sans complications, sans arrière-pensées, sans second degré, sans troisième degré, sans sinuosités. Si simple. Si tout pouvait être aussi évident. J’aimerais voir le jour où je pourrai m’abstenir de réfléchir, de me tordre les méninges pour rien ou pas grand-chose. J’aimerais tellement le voir ce jour-là.
Je ne sais pas d’où vient celui qui la chante, quoique quelque chose me dit que ça doit être un coin de campagne au fin fond de l’Alabama. Moi je viens d’une nébuleuse, et j’ai coupé mes racines pour les planter dans une autre nébuleuse. Pourtant, j’aimerais bien me comprendre, être un peu plus simple que cela. Je ne pense pas avoir déjà été aussi certain d’être d’une si grande et si vaine complication.
Le pire est que je dois me poser un millier de questions concernant ce sujet même, et que pour aller vers la simplicité, le chemin est parsemé de beaux et gros obstacles. Pour aller vers la légèreté de Kundera, le chemin est parsemé de pesanteur de Kundera.
Je pense que plein de gens, et j’en fais partie, ont déjà souhaité d’être parmi les « imbéciles heureux », loin d’être au courant de ce qui fait leur bonheur, loin de savoir ce qu’ils sont, et pas encore certains de savoir ce qu’ils font, ni pourquoi ils le font. Plein de gens se sont posé la question : à quoi bon se torturer tant que le bonheur y est ? Plein de gens ont aussi eu la chance de ne jamais avoir à se poser cette question. Et c’est bien ce qui fait la différence, parce qu’à partir du moment où les questions commencent à fuser, il commence à être légitime de tirer un trait sur la simplicité.
Je m’y suis résigné. Ce que je cherche en revanche, c’est de trouver un compromis. Un petit havre de paix dans un monde de ponctuations curvilignes pointées. Une petite bulle d’eau chaude, une pause utérine dans le désordre perpétuel. Ce que je voudrais, c’est avoir le choix. C’est ambitieux, n’est-ce pas ?
A écouter ce bon vieux Lynyrd raconter les derniers ( ?) mots de sa mère, je me dis que cette bonne femme du fin fond de l’Alabama avait probablement compris des choses que j’ai toujours refusé d’écouter. Elle doit en avoir vu des choses aussi… « Be a simple kind of man, be something you love and understand » qu’il chantait. Pourquoi pas ? Pourquoi le bon mot ? Pourquoi la bonne réflexion et la bonne phrase ? Pourquoi la bonne impression ? Pourquoi vouloir savoir autant de choses ? Pourquoi vouloir s’emboîter, coller à toutes les situations, et donc forcément à des situations qui incommodent, au point de s’abandonner loin derrière, et de ne jamais se retrouver ?
Quand une feuille d’arbre se balançant au gré du vent suscite en moi un essaim d’interrogations, comment puis-je faire pour être un homme simple ? Rien que ce que tu viens de lire, c’est une question, ce qui résume tout.
23:18 Publié dans Elocus | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note




Commentaires
"Je veux etre un imbecile heureux, je veux etre un imbecile heureux, je veux etre un imbecile heureux"
Je ferme les yeux
Tournoie sur moi-meme
J'ouvre les yeux
etourdie
J'arrete de respirer
Puis un rire desabuse sort de ma gorge
Je suis toujours moi. Pas heureux.
Ecrit par : Yas | 24.06.2008
il doit bien y avoir une raison à ce cerveau, à ce qu'on diffère des bêtes à dormir, manger et baiser, à ce qu'on aime, exècre et calcule.
peut être qu'en contemplant la feuille, tu finiras par découvrir que la terre n'est pas ronde, que sais je
sinon, pour l'impondérable légèreté de l'âme, il faudrait peut être réviser le livre du rire et de l'oubli.. c'est aussi ça qui fait des gens heureux
Ecrit par : h&m | 24.06.2008
Je viens d'adopter cette chanson.
En attendant les tiennes...
Ecrit par : fatalis | 15.07.2008
@yas: bienvenue dans mon antre a nouveau.
@h&m : tu me prêtes ton livre du rire? tu me prêtes ton livre de l'oubli?
@fatalis: ah mon vieux fatalis, un plaisir de te revoir apparaître en blanc sur cette page noire. Pour les miennes, j'espère qu'elles apparaitront de la meme facon.
Ecrit par : Sami | 15.07.2008
Ecrire un commentaire