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05.11.2008

Le lac gelé (Danse à trois temps)


podcast

Un

Le grenier baignait dans une douce pénombre. Les souvenirs étaient tous ici, entassés, enveloppés dans un écrin de poussière grise dont les minuscules particules flottaient dans l’air, esquissant le rai de lumière qui tranchait le vide pour venir réchauffer mon visage. Je pouvais ici toucher tout le passé. Je pouvais enfin me rappeler d’eux et d’elles. Je pouvais leur parler, les prendre dans mes bras, les aimer…

Sans que je puisse savoir comment ni pourquoi, le vieux tourne disque usé qui trônait sur la table centrale se mit à jouer un air de jazz. La voix de Louis fredonnait un « Heaven… I’m in heaven… and my heart beats so that I can hardly speak…”. Je frissonnai.

C’est là qu’elle ouvrit la porte.

Connaissez-vous ces rêves où tout paraît tellement réel qu’on ne se doute pas un instant que ce soit une illusion ? Ces rêves où, couchés dans votre lit, vous voyez votre chambre, votre porte s’ouvrir, où vous pouvez voir quelqu’un venir vous voir, sans que vous ne puissiez bouger, sans que vous ne puissiez dire un mot. Ces rêves dont vous finissez par sortir, pour retrouver votre chambre exactement comme vous l’avez rêvée ?

« Bonjour», lui dis-je. Je ne la connaissais pas, mais j’avais tout de même la certitude que d’une manière où d’une autre, nous étions très intimement liés. Mieux encore, nous nous aimions. Le fait de la voir et de ressentir ces battements violents au sein de mon être ne fit que le confirmer.

Elle se tenait debout sur le seuil de la porte, et elle me regardait. Elle me sourit et je vis dans ses yeux une phrase que je ne suis pas prêt d’oublier : « Mets la musique plus fort ».

Deux

 

 

- Dis donc, tu n’as pas froid ?

- Non, je me sens bien.

- Ca caille pourtant.

- Tu as froid toi ?

- Oui un peu.

- Viens, viens, approche-toi de moi. On est presque arrivés.

 

Trois

Debout devant le lac gelé, nous contemplions le paysage qui s’étendait devant nos yeux. A perte de vue, s’étendait une forêt enneigée. Nous commençâmes une course effrénée dans l’étendue de glace. Nous criions, nous riions. Elle qui me courait après, me tenait parfois la main pour m’arrêter, me retourner, m’embrasser. Elle avait ce sourire qui ne la quittait plus depuis une semaine maintenant. Elle voulait que ça arrive. Elle voulait que ça se passe.

L’hiver passé, nous revînmes au même endroit, nous nous baignâmes et nos corps nus se délectèrent de la douceur de cette même eau. Nous ne faisions qu’un alors. Je regardais ses cheveux mouillés, je regardais chaque goutte d’eau perler sur sa peau blanche, comme si le temps s’était arrêté Un

« Cheek to cheek… Cheek to cheek … » dans le grenier. Nous étions allongés sur le parquet et je ne pouvais plus dire un mot. Elle ne disait rien non plus Deux – Oublie pas d’appeler pour ton boulot, et rapporte du pain Trois « Prends-moi dans tes bras. Fais-moi », me dit-elle Un Quelqu’un frappait à la massive porte en bois, et elle me regarda d’un air inquiet Deux –Je t’aime –Je t’aime aussi mon cœur Trois (gémissements) Un (Craquements et bruits de bois) Deux – Tu sais que tu pourras toujours compter sur moi Trois Nous admirâmes en silence ce splendide coucher de soleil Un Deux Trois Un Deux Trois Un Deux Trois…

 

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